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Les vœux du cuistot de service !

Bonne année, bonne santé, de la joie, des réussites, de l’amour et… un raton laveur comme disait Prévert !
 
Vous n’en avez pas marre vous, de ce rituel enfantin qui consiste à se souhaiter tout le bien possible, en sachant d’avance que la plupart de nos connaissances s’en foutent royalement ?
 
Bonne année à l’employé que l’on sait déjà dans la prochaine charrette ; bonne année au patron que l’on n’aime pas, mais que l’on supporte mieux que le chômage ; bonne année à la boulangère ou à l’épicier que l’on va ignorer tout le restant de l’année ; bonne année à ses enfants que l’on néglige, entre deux parties de golf ; bonne année à ses vieux parents que l’on va oublier d’aller voir, parce qu’on n’a pas eu le temps… avec toutes ces fêtes !

Mais la tradition est là, on ne peut déroger sous peine de coups de gueule, de mauvaises impressions et de manque de participation. On peut même être taxé de négativisme primaire si on ne joue pas avec les petits n’amis au « party » de bureau!

Dans l’entreprise ça peut être fatal.

Dans la famille, c’est en général catastrophique, avec une seule possibilité de réhabilitation : être présent au prochain enterrement et de préférence avec la gueule de circonstance.

Dans le couple c’est mortel. Imaginez-vous oubliant de souhaiter une bonne et heureuse année à votre conjointe ou conjoint ! C’est le divorce assuré dans l’année.

Et encore une bonne année ! Qu’il dira, l’avocat…
 
Heureusement qu’il nous reste le bistro pour ne pas se souhaiter une bonne année, ici tout le monde a le droit. On s’en fout !

Qu’elle soit longue, courte, bonne ou mauvaise, une seule chose est sûre : on aura soif de toute façon.

Saint-SAQ priez pour nous. Et nous boirons jusqu’à vos paroles, promesse d’ivrognes.
 
De toute façon que pourrait-on souhaiter ?
 
·      Du travail payé autrement qu’avec un lance-pierre

·      Des vieux qui aident des jeunes, partageant leur expérience et leurs relations dans le milieu de travail pour faciliter leur intégration et assurer une relève de qualité

·      La liberté d’expression, la liberté de la Presse et son intégrité malgré la convergence et même quand les factures sont dures à payer

·      Des lois internationales pour protéger un peu plus les journalistes qui crient liberté d’expression partout, au risque de leur vie, pas derrière un café ou un micro. Combien encore, sont morts pour elle cette année ?
 
Personnellement, je n’ai qu’un seul souhait pour cette nouvelle année : que revienne en chacune et chacun d’entre-nous, le sens de l’humour : la seule vraie qualité qui nous différencie de la bête, avec celle de cuisiner, puisqu’il paraît que les chiens rigolent vraiment eux aussi.

Je suis sûr que l’on réglerait plein de problème seulement avec ça.

Trouvez donc le moindre sens de l’humour chez les extrémistes de tous bords, de toutes confessions religieuse ou laïque et de toutes conneries politique ou financière ?

Et avec le retour du respect : chez soi, à l’école, au travail, bref, dans la société en général.

Vous me trouvez un peu sinistre aujourd’hui ?

Alors, venez consoler votre cuistot, d’habitude c’est lui qui console avec un bon petit plat ou un poème un peu romantique, mais en cette fin d’année 2017, il pense à tous ceux qui crèvent de la connerie humaine partout dans le monde.
 

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La boîte de chocolat – conte de Noël

Ce soir de Noël, papa Jean-Paul est triste, il est devant son sapin et regarde d’un œil distrait les bougies scintillantes et les guirlandes multicolores.
Il attend, espère, mais visiblement cette année encore, ils ne viendront pas…
Jean-Paul est veuf depuis cinq ans. Avec sa femme qu’il adorait, ils ont eu deux enfants. Deux garçons magnifiques, beaux et intelligents.
Depuis la mort de Jeannette, ses deux garçons viennent de temps en temps lui faire la conversation, un peu de ménage dans le jardin et lui apporter quelques plats cuisinés par ses belles-filles. Il aime ces moments où ses enfants s’occupent de lui.
Il est grand-père depuis peu de temps, mais ses fils font carrière et leur femme aussi, alors il les voit rarement. Quand ils seront plus grands peut-être.
Ça fait trois ans maintenant qu’il est seul à Noël, les enfants se sont acheté un chalet à la montagne et font leur réveillon là-bas. Lui, n’aime pas trop les voyages et puis de toute façon on ne lui a pas proposé.
Ses fils ne le négligent pas vraiment, mais il y a le travail, les enfants et tout le reste de la vie quotidienne. Il est victime du manque de temps en quelque sorte, mais lui, du temps il en a à revendre.
Alors il s’ennuie et même tous ses beaux souvenirs ont du mal à lui faire passer le temps.

– Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Sur son petit transistor, les chansons de Noël se succèdent. Il aime ça, elles lui rappellent les réveillons d’antan avec toute sa petite famille.
Cette année, sûrement qu’ils lui réservent une surprise… Surtout qu’il a fait un léger malaise au printemps alors peut-être auront-ils peur que ce soit son dernier Noël ! Ahahah ! S’il faut mourir pour qu’ils viennent, alors mourrons !
Il écoute espérant un bruit de portière dans le jardin, mais rien, rien que le vent qui souffle et les volets qui claquent.

– Il faudrait bien que je les répare pense-t-il.

 

Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel, avec des joujoux par milliers…
C’est vrai, cette année encore il a oublié de faire des cadeaux… Mais il n’a jamais vraiment été très cadeaux, ses fils le savent de toute façon.

– S’ils viennent pour le dessert, au moins j’ai une bûche et une bouteille de champagne au réfrigérateur.

À présent, il somnole sur son fauteuil. Il n’avait pas grand appétit ce soir. Une soupe, un peu de fromage avec du pain. Bon il a fait une exception, un peu de vin…

– Mais quoi c’est Noël après tout ! Peut-être deux verres, bon.

Tout à coup le voilà bien réveillé, les oreilles aux aguets.

… Deux coups à la porte !

– Je n’ai pas rêvé, j’ai bien entendu toquer à la porte !

Il se lève et se précipite dans l’entrée, manquant même de trébucher.

– Ce serait le comble, pour une fois qu’ils viennent à Noël, de me retrouver à l’hôpital.

Il accroche un beau sourire à son visage, prend une grande inspiration et ouvre la porte.

– Bon…soir…

Personne …

Il regarde à droite, il regarde à gauche…

– Personne !

Jean-Paul baisse lentement la tête, déçu et triste.

– Le vent sans doute m’aura joué des tours.

Puis il l’aperçoit là, posée contre la marche en bois de l’escalier, toute belle avec de beaux rubans or et rouge. Il se penche et la prend dans ses mains. Elle est lourde et lisse, brillante et colorée.
Il regarde autour de lui. Personne.
Il prend la boîte, rentre chez lui et ferme la porte doucement.

Tout excité, il parle tout seul dans son salon.

– Mais qui a bien pu me déposer ce présent ? Ça ne peut pas être mes fils, ils sont en train de faire la fête. Alors qui ? La plupart de mes amis sont morts ou partis en maison de retraite loin d’ici.

Ne trouvant aucune réponse à son interrogation, il s’assoit dans son fauteuil.
Il observe la boîte de chocolat en se disant qu’il ferait bien de l’ouvrir tout de suite.

– Si ça se trouve, ce sont des gamins du quartier qui m’ont fait une farce et la boîte ne contient que des cailloux…

– Allez hop ! On verra bien.

Il prend le bout du ruban entre ses doigts et tire.
Le nœud glisse facilement. Il le pose sur la petite table à côté de son fauteuil.
D’une main, il caresse le velours rouge de la boîte.
Il ressent aussitôt une étrange sensation, comme une légère décharge électrique, mais agréable.
D’un seul coup il se sent en pleine forme.

– J’ouvre la boîte et je serai fixé. Si c’est une farce et bien j’irai me coucher. Demain il fera jour.

Entre ses deux mains, il soulève délicatement le couvercle.
Aussitôt une odeur de bon chocolat lui arrive aux narines.

– Mon Dieu se dit-il, cette odeur je la connais si bien, celle de la boîte de chocolat que maman achetait pour Noël quand j’étais petit.

Comme un enfant gourmand, il se met à respirer la boîte à plein nez.
Un délicat papier doré garde encore secret le contenu de la boîte.
Il tire sur la feuille, d’un côté, puis de l’autre…

– Magnifique !

Tous les chocolats de son enfance ! Mais aussi, ceux qu’il achetait pour sa petite famille à chaque Noël : rochers, palets d’or, truffes, muscadines, mendiants, chardons…
Il y a même les petites bouteilles en chocolat contenant du Cognac ou de l’Armagnac, qu’il buvait en cachette quand sa mère avait le dos tourné…

– Je vais commencer par ça pour m’ouvrir la gourmandise !

 

Il prend la bouteille et enlève le papier vert et or. Il croque dans le chocolat. Le délicat liquide corsé et légèrement sucré coule dans sa bouche. Il ferme les yeux de plaisir et quand il les rouvre…
Il est derrière un sapin de Noël avec sa petite bouteille à la main. Entre les branches, il aperçoit… ses parents en train de trinquer au champagne à la grande table familiale !?
Ses frères sont là aussi, assis bien sagement qui mangent de la bûche de Noël.
De revoir subitement tous ces êtres qu’il aimait et trop tôt disparus – il était le plus jeune de la famille – il sent monter en lui une bouffée d’amour et de tendresse. Toutes les sensations sont là, l’odeur du chocolat, du sapin et même celle de sa maison d’enfance.
Les larmes coulent sur son visage, larmes de joies, larmes d’amour.
Il se lève pour aller les rejoindre, pressé de les serrer dans ses bras encore une fois.

– Papa ! Maman ! C’est moi ! Votre fils ! C’est Jean-Paul ! J’arrive…

À ce moment, il sent une main le tirer brusquement et se retrouve aussitôt dans son vieux fauteuil, avec la boîte de chocolat sur les genoux.
Sous le choc et le souffle court, il essaye de comprendre ce qui vient de lui arriver.

– J’ai dû rêver, peut-être à nouveau un petit malaise. Mais c’était tellement réel…

Quand il regarde à nouveau la boîte, une envie irrésistible de croquer dans l’un des mendiants lui prend.
Tant pis se dit-il encore une fois. C’est Noël !

Et croc !

Le chocolat au lait fondant, l’odeur de noisettes torréfiées et le goût sucré des cerises confites.

– Ahhh ! Que c’est bon se dit-il

– Papa ! Papa ! Ça va ? Tu ne t’endors pas quand même ?

Jean-Paul ouvre les yeux.

– Mais que ce passe-t-il ? Ce sont mes fils. Mais ils sont tout jeunes !

– Là je n’ai plus de doute c’est le chocolat, il doit y avoir une drogue là-dedans. Et moi qui les mange sans même savoir d’où ils viennent.

– Non ! Bien sûr que non, les enfants.

– Papa tu nous as promis de nous raconter l’histoire des mendiants.

 

Passé la surprise, Jean-Paul tout ému, regarde ses deux fils comme il ne les a plus vu depuis au moins vingt ans.

– Ils sont si jeunes, si mignons. Comme je les aime… Si c’est une drogue tant pis, revoir mes enfants quel bonheur.

Il décide donc de jouer le jeu sans s’occuper de cette étrange situation.

– D’accord les enfants je vous raconte l’histoire de ces délicieux chocolats.

– Autrefois pour Noël, les artisans chocolatiers fabriquaient leurs chocolats jusqu’au dernier moment. Ils terminaient leur travail le soir du réveillon. Avant de quitter leur atelier pour aller réveillonner en famille, ils rangeaient tout.

Dans les fondoirs, il restait toujours un peu de chocolat fondu, ils y mélangeaient les restes de noisettes et de fruits confits qu’ils n’avaient pas utilisés : les abîmés, les cassés.
Ils étalaient ensuite tout le mélange dans des plaques. Une fois le chocolat durci, ils en cassaient de petits morceaux qu’ils distribuaient aux mendiants de leur quartier. D’où leur nom.

– Ouah ! Génial ! S’écrièrent les enfants.

– À cette époque, le mot compassion avait encore un sens continua Jean-Paul. Chaque personne faisait de son mieux pour donner un peu de joie le soir de Noël à ceux qui n’avaient rien.

– Quelle belle histoire de Noël papa. On pourra faire des mendiants l’année prochaine et les distribuer ?

– Si vous voulez…

Il entend un bruit de vaisselle dans la cuisine. Ça doit être ma Jeannette.
Il se lève pour aller la rejoindre. Revoir son amour après tant d’années, quelle chance !

– Jeannette ? C’est toi ma chérie ?

Il y a comme une décharge électrique dans sa tête, il ferme les yeux de douleur.
Une fois la douleur calmée, il les rouvre… Il est à nouveau dans son fauteuil avec la boîte sur ses genoux.

– Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais je pense que je vais prendre un peu de vin pour me remettre de mes émotions.

Tout en savourant son verre de vin, il se dit que tout ce qui lui arrive est vraiment étrange, mais de n’avoir pas pu revoir Jeannette le rend triste.

–  Ces chocolats sont peut-être magiques ? Au point où j’en suis, tout est possible. Une drogue pourquoi pas, mais deux fois de suite c’est louche…

 

– Quand même, revoir Jeannette juste un moment, quel bonheur ce serait. La serrer dans mes bras et l’embrasser. Elle me manque tellement.

Alors il lui vint une idée.

– La bouteille de chocolat était la préférée de mes parents et je les ai vus après en avoir mangé une. Les mendiants que mes fils aimaient… je me suis retrouvé avec eux après en avoir croqué un…

– C’était le palet d’or que Jeannette adorait… Alors si j’en mange un…

Il saisit un palet d’or et le mordit à pleine dent. Quelle délicieuse sensation que cette crème au goût fort de bon cacao, croquant autour et tendre à l’intérieur…

– Mon chéri tu veux encore un palet d’or ?

Là, Jean-Paul faillit tomber à la renverse.
Jeannette à côté de lui, dans leur beau canapé de cuir comme il y a…au moins 20 ans.

Il se dit : ne perdons pas de temps, visiblement le charme ne dure pas longtemps.
Il prend la main de sa femme dans la sienne.

– Oui j’en veux bien encore un, ma chérie.

Tu as l’air bizarre ce soir mon Paulo (c’était son petit nom d’amour… que seule sa femme avait le droit d’utiliser), on dirait que tu viens de voir un fantôme…
Il faillit éclater de rire. Elle ne pouvait pas si bien dire.
Il regarde sa Jeannette et lui dit

-Tu sais ma Jeannette, je n’ai jamais aimé une autre femme que toi, tu es mon amour et pour l’éternité.

– Et bien mon chéri, on dirait bien que le champagne te réussit ce soir.

Elle se blottit dans ses bras et il l’embrassa tendrement.
Quand il ouvre les yeux, il se trouve à nouveau sur son fauteuil avec la boîte sur les genoux.
Il est heureux et triste à la fois, heureux d’avoir retrouvé sa Jeannette et triste de la perdre à nouveau.
Quelle nuit se dit Jean-Paul, nuit magique, nuit de Noël. Peut-être suis-je simplement en train de rêver.
C’est à ce moment qu’il aperçoit sous un des palets d’or un petit bout de carton qui dépasse. Il tire dessus et voit qu’il s’agit d’une petite carte de Noël. Il la retourne et découvre une écriture ancienne aux fines boucles élégantes. Visiblement le texte s’adresse à lui.

 

Mon cher Jean-Paul,

Tu te demandes qui t’a offert cette boîte de chocolat très spéciale ? Et bien c’est moi, le père Noël. Si, si ! Je sais que tu n’y crois plus depuis longtemps, mais c’est bien moi. Ce cadeau est pour toi qui est seul et triste en ce soir de Noël. Te connaissant tu vas te demander « pourquoi moi, qu’ai-je fait pour le mériter ? » Je vais te le dire : parce que tu as aimé toute ta vie sans jamais compter ni renoncer à aimer.

Je vais te donner un conseil, ne parle de cette boîte à personne de toute façon ils ne te croiront pas. Ce sera notre secret à tous les deux. Ho ! Ho ! Ho !

Joyeux Noël !

Jean-Paul ému, pose la carte sur la boîte. Sur SA boîte ! Tout à coup il se sent très fatigué, toutes ces émotions.

– Je vais aller me coucher et dès demain matin, je vais appeler mes fils et leur dire que je les aime et qu’ils me manquent.

– Je me demande bien ce qu’il va se passer quand je mangerai les autres chocolats…

– Quel Noël étrange et magnifique. C’est donc ça la magie de Noël ?

Il ouvre la fenêtre de sa chambre et, s’adressant au ciel, il crie :

– Merci pour le plus beau cadeau du monde père Noël !

Il ne faut jamais cesser de croire au père Noël. La vie est magique, tout peut arriver.

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Le faucheur de marguerites

 

J’aurais pu comme tout le monde, appeler cette chronique : Effeuillons la marguerite, ou je t’aime un peu, beaucoup…, tout cela vole bas et commence à sérieusement à être dépassé.

Pourquoi Le faucheur de marguerite ? En l’honneur des pionniers de l’aviation, qui étaient surnommés ainsi parce qu’avec leurs vieux coucous, ils étaient plus souvent au ras des marguerites plutôt que dans les nuages !

Mais revenons sur terre, des marguerites, il y en a partout dans notre jardin au grand désespoir de mon épouse qui les trouve un peu envahissantes, mais que voulez-vous, je suis comme Idéfix qui ne supporte pas que l’on coupe un arbre moi je ne suis pas capable d’arracher un pied de marguerite. Alors pour me faire pardonner, j’en cueille un gros bouquet que dépose dans un vase au salon et j’en ajoute à la salade.

Quelles jolies fleurs, toutes les qualités rêvées pour un jardinier : gratuites ; jamais malades; rarement attaquées par les insectes; arrosées ou pas, elles poussent de la même façon; été torride ou pluvieux, elles sont aussi belles et en plus, elles se mangent !

 

La fleur globe-trotter

Originaire d’Eurasie, la marguerite, qui en réalité est une variété de chrysanthèmes, pousse à peu près dans toutes les régions tempérées du monde. Comme le plantain, ce sont les colons qui l’ont introduite en Amérique du Nord.

La marguerite sauvage Chrysanthemum.leucanthemum s’installe partout, elle est un modèle d’intégration dans le jardin, mine de rien elle se faufile entre les tiges d’une pivoine ou d’un lupin, elle est si discrète et si mignonne que même le plus puriste des jardiniers finit par succomber à son charme.

 

La première fleur de l’amour

Quelle maman peut regarder un bouquet de marguerite sans avoir un petit pincement au cœur ? La marguerite est l’une des premières fleurs, avec le bouton-d’or et le pissenlit qu’une maman reçoit pour la fête des Mères. Combien de maîtresses d’école ont reçu leur plus belle récompense, pour leur dévouement envers nos chères têtes blondes, avec ce joli bouquet de marguerites tendu par une petite fille aux yeux pétillants de malice.

Marguerite-aime-un-peuSymbole de l’amour juvénile, effeuiller la marguerite est souvent le premier acte d’amour de la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et que de souvenirs de jeunesse sont liés aux champs de marguerites dans lesquels nous allions nous rouler dès les premiers jours de vacances d’été. Si vous ne l’avez jamais fait, je vous conseille de tenter l’expérience cette année, un vrai bain de jouvence qui ne coûte rien.

 

Une fleur envahissante

Les marguerites sont si colonisatrices, que les éleveurs sont obligés de surveiller les champs cultivés pour le fourrage des animaux, car les marguerites se reproduisent tellement vite qu’elles peuvent étouffer rapidement un champ complet, heureusement leurs racines sont peu profondes et un simple labour en élimine une bonne partie ; en plus elles ont la réputation de donner mauvais goût au lait.

 

Utilisation en cuisine

Les jeunes feuilles de marguerites parfument agréablement les salades, et les pétales sont très décoratifs, mais ce sont les boutons qui sont les plus appréciés dans la gastronomie. Conservés dans le vinaigre, ils remplacent agréablement les câpres.

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Boutons de marguerites au vinaigre

Il est important de les cueillir quand ils sont encore bien fermés, bien les rincer à l’eau claire et les blanchir 2 minutes dans de l’eau frémissante, les plonger dans de l’eau glacée, les égoutter et les laisser sécher sur une feuille de papier absorbant.

Dans un bocal à fermeture hermétique, intercaler les boutons de marguerite avec des petits oignons blancs, quelques gousses d’ail, une tige d’estragon et quelques grains de poivre noir. Couvrir de vinaigre d’alcool, fermer le bocal et le conserver au réfrigérateur. Au bout de 3 semaines, les boutons de marguerite sont prêts à être dégustés.

On peut également en trouver assez facilement dans les épiceries fines offert par plusieurs petites entreprises spécialisées dans commercialisation des plantes sauvages.

 

Petit truc

Il faut cueillir les fleurs et plantes sauvages justes après que la rosée du matin se soit évaporée et avant que le soleil ne soit trop chaud, pour qu’elles conservent leur fraîcheur et leur goût.
Il faut éviter de conserver les fleurs sauvages au réfrigérateur, car le froid les abîme, il vaut mieux les laisser dans un vase avec de l’eau lorsqu’elles sont sur tiges ; lorsqu’elles sont sans tiges, il est préférable de les enfermer dans une boîte hermétique avec un morceau de papier absorbant imbibé d’eau qui les empêchera de se dessécher trop vite.
Nous avons tous un petit coin du jardin ou un côté de la maison qui sert à stocker les barrières à neige ou des planches; tôt, au printemps pourquoi ne pas y transplanter les pieds de marguerites qui ont poussé spontanément dans les platebandes ; une façon économique et naturelle de camoufler les endroits moins esthétiques du jardin.

 

Allergies au pollen

Je vous le répéterai chaque semaine : si vous êtes allergique au pollen, abstenez-vous de consommer des fleurs comestibles.

 

Du côté de l’herboriste

La marguerite a la réputation d’avoir les mêmes propriétés que la camomille, digestive, antispasmodique et apaisante. On peut faire des tisanes avec les fleurs et la racine.

Les chrysanthèmes, dont fait partie notre marguerite sauvage, sont très utilisés dans la médecine populaire chinoise, entre autres, pour leurs propriétés antibiotiques.

 

Le livre

Les Marguerites et les Chrysanthèmes de C. Sala – 2000-  Éditions De Vecchi

 

 

 

Salade-marguerites

Cette semaine je vous propose une salade goûteuse et rafraîchissante que l’on peut servir avec une grillade ou seule en entrée. Il ne faut pas le dire, mais je l’ai empruntée à mon épouse, je l’ai simplement un peu adaptée pour la circonstance… Ce qui prouve – s’il le fallait encore – que derrière chaque grand chef, il y a une femme qui se cache !

 

Salade estivale aux boutons de marguerites

4 personnes
Ingrédients

  • 4 tranches de saumon fumé
  • 1 laitue rouge ou feuille de chêne
  • 1 petit fromage de chèvre frais
  • 1 oignon rouge
  • 12 olives noires dénoyautées
  • 24 boutons de marguerites au vinaigre
  • 60 ml (4. c. à soupe) d’huile d’olive
  • 30 ml (2 c. à soupe) de vinaigre balsamique ou de vin
  • Ciboulette hachée
  • Fleur de Sel ou gros sel de mer
  • Poivre du moulin au goût
  • Quelques fleurs de marguerites pour la décoration

Préparation
Laver et essorer la salade ; éplucher et trancher en rondelles l’oignon rouge ; couper en lanières le saumon fumé.

Dans des assiettes creuses, répartir les feuilles de laitue, ajouter le saumon, les rondelles d’oignon, le fromage de chèvre émietté et les olives. Finir par les boutons de marguerites, parsemer de ciboulette ciselée et réserver au frais.

Au moment de servir, arroser d’huile et de vinaigre, poivrer au moulin et parsemer de fleur de sel. Décorer avec quelques pétales de marguerite.

 

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La saison des fines herbes bat son plein c’est le moment d’engranger pour l’hiver ! Parfums des garrigues

La saison des fines herbes bat son plein c’est le moment d’engranger pour l’hiver !

Parfums des garrigues

 

Je suis né en Provence, l’une des plus belles régions de France qui va de la Camargue jusqu’à Nice où elle longe la Méditerranée puis, remonte dans les terres pour aller faire un petit tour sur le pont d’Avignon avant d’escalader les Alpes de Haute Provence jusqu’à Barcelonnette.

En plus de l’accent qui chante, du chant des cigales et des parfums des garrigues, mon enfance a été bercée par Alphonse Daudet, Pagnol, Fernandel et Raimu, que mon père vénérait et par la cuisine provençale, que ma mère préférait.

Dès que j’ajoute un peu de thym ou de romarin dans ma casserole, leur parfum déclenche en moi une douce vague de nostalgie de la Provence que seuls un petit pastis bien frais et une bonne bouillabaisse arrivent à apaiser.

Pour comprendre, il faut avoir, au moins une fois dans sa vie, fait une grande balade dans une garrigue écrasée de soleil après une bonne pluie d’orage et passé une heure ou deux dans un marché de Provence.

Mais tout le monde a un peu de Provence dans sa cuisine : de l’huile d’olive, quelques olives, quelques tomates séchées et au moins deux ou trois variétés d’herbes de là-bas.

 

Les herbes de Provence

Aussi indispensables en cuisine que l’ail, l’oignon ou le vin blanc. Ce sont les herbes de Provence qui mettent si bien en valeur la chair tendre de l’agneau et la force tranquille du fromage de chèvre ; sans le thym et le laurier, la ratatouille n’est plus qu’une simple jardinière de légumes.

Un mélange d’herbes de Provence est en général constitué de thym, de romarin, d’origan, de sarriette et de basilic, mais souvent également de marjolaine, de laurier ou de sauge.

Comme il est difficile de toutes les passer en revue dans un seul article, j’ai sélectionné mes trois préférées : le thym, le romarin et le basilic.

 

Le thym (Thymus vulgaris)

Thym

Le thym, connu également sous le nom de farigoule ou farigoulette en Provence et thym français au Québec, est certainement le plus utilisé. C’est un petit arbrisseau qui pousse à l’état sauvage dans tout le bassin méditerranéen ; du couscous à la paëlla, en passant par la bouillabaisse et la ratatouille, le thym est à l’aise partout. Mais, plus au nord, le thym est l’épice incontournable du bouquet garni que l’on trouve dans tout bon pot-au-feu.

On ne peut pas parler du thym sans parler de son proche cousin sauvage : le serpolet, il est légèrement citronné et se marie particulièrement bien avec le lapin qui, d’ailleurs, s’en nourrit abondamment dans la nature.

 

Le romarin (Rosmarinus officinalis)

Romarin

Le romarin est un arbuste à feuilles persistantes, qui produit de petites fleurs bleu mauve au printemps. Quand le climat lui est favorable, il peut atteindre deux mètres de hauteur. Quand il « souffre » dans les rocailles ensoleillées, il ne dépasse pas les cinquante centimètres de haut, mais son parfum est beaucoup plus puissant. En général on l’utilise plutôt en branche entière dans un bouquet garni et les marinades ou dans les mélanges préparés d’herbes de Provence ; il faut le doser savamment, car son parfum puissant à tendance à supplanter les autres.

 

Le basilic (Ocimum basilicum)

basilic

Dans son milieu naturel, le basilic est une plante vivace très robuste, ici on le cultive comme une plante annuelle que l’on peut rentrer pour l’hiver.

Sans le basilic, point de soupe au pistou, de minestrone, ni de pesto ; j’aime tellement son odeur que je ne peux m’empêcher d’en grignoter une feuille chaque fois que je passe devant mon pied de basilic dans le jardin.

Le basilic a un parfum prononcé, mais si délicat, qu’il supporte mal la cuisson, il est préférable de le consommer cru dans les salades – ciselé au dernier moment –  ou ajouté en fin de cuisson, pour en conserver tous les arômes.  Associé à l’ail et à la tomate, le basilic nous procure une saveur et un parfum inégalables.

 

La légende de Basilic

Par analogie avec le monstre Basilic, serpent fabuleux sorti d’un œuf pondu par un coq et couvé par un crapaud dont le regard foudroyait celui qui le croisait et par conséquent, s’autodétruisait en se regardant dans une glace, on a donné à cette plante le pouvoir imaginaire d’être l’antidote du venin de scorpion. Même Harry Potter s’y est frotté !

 

Conserver les herbes de Provence

Le thym et le romarin se conservent quelques semaines en branches sous forme de petits bouquets que l’on garde à portée de main dans la cuisine.

Pour les conserver plus longtemps, il faut les faire sécher dans un panier en osier ou en bouquets suspendus la tête en bas dans un endroit sec et aéré. Une fois bien sec, il ne reste plus qu’à frotter leurs branches entre nos mains pour récupérer les feuilles et les conserver dans un récipient hermétique conservé à l’abri de la lumière.

Le basilic quant à lui se conserve bien dans l’huile d’olive dans un bocal placé au réfrigérateur. On peut également congeler ses feuilles. Le basilic peut être séché, mais il perd une bonne partie de son parfum.

 

Petits trucs

Pour limiter les odeurs d’un fromage « un peu fort » dans le réfrigérateur, déposer une feuille de laurier dans la boîte.
Pour avoir constamment à sa disposition une huile d’olive bien parfumée, insérer quelques tiges de romarin et de thym et quelques feuilles de laurier dans la bouteille d’huile d’olive. Une fois l’huile entièrement utilisée on jette la bouteille, car les herbes ont une durée de vie limitée, même dans l’huile.
Une infusion de romarin versée dans l’eau du bain procure un agréable effet relaxant pour le corps.
Doser les herbes de Provence dans une recette est simple : une cuillerée à thé d’herbes séchées peut être remplacée par une cuillerée à soupe d’herbes fraîches.
Il ne faut pas attendre trop tard dans la saison, pour rentrer les potées d’herbes de Provence que l’on désire conserver l’hiver, les premières nuits froides et humides facilitent la propagation de moisissures qui peuvent leur être fatales.

Le saviez-vous ?

·      Le marché des herbes de Provence est si impressionnant que la France a créé le Label Rouge des herbes de Provence, un label de qualité devenu nécessaire sur un marché annuel mondial estimé à cinq cents tonnes dont seulement dix sont d’origine française.

·      Les herbes de Provence sont également des compagnes très intéressantes pour les jardins de fleurs, le thym comme le serpolet font de belles bordures, un romarin cultivé en pot sera magnifique au centre d’une rocaille et, si l’on prend soin de le conserver l’hiver dans un endroit ensoleillé, en plus de nos plats, il parfumera la maison et retrouvera sa place au jardin l’été suivant.

·      Plusieurs herbes de Provence sont vivaces au Québec comme le thym, le serpolet et la marjolaine, les autres plus fragiles comme le romarin et le basilic peuvent facilement être cultivés à l’intérieur pendant la mauvaise saison.

 

Du côté de l’herboriste

Depuis la nuit des temps, les herbes de Provence sont appréciées pour leurs vertus médicinales. Elles sont en général réputées pour leurs propriétés antiseptiques, antifongiques et digestives. Je me souviens que ma mère soignait tous nos problèmes digestifs avec une bonne tisane de farigoulette (thym).
Le thym est un puissant antiseptique : un bacille ne résiste pas plus d’une ½ heure à l’action de l’essence de thym. Le thymol extrait de la plante est à l’origine de la Listérine™ premier antiseptique mis au point par le chirurgien britannique Joseph Lister, bienfaiteur de l’humanité.

Mais attention, comme le romarin, le fenouil et le basilic qui ont beaucoup de vertus communes, consommées en trop grande quantité ces plantes peuvent être toxiques, principalement le romarin.

 

Un rappel

Il ne faut jamais utiliser des plantes à des fins médicinales sans avoir les connaissances nécessaires pour le faire ou consulter un thérapeute compétent en la matière. Beaucoup de plantes bien utilisées peuvent aider à conserver une bonne santé, mais certaines d’entre elles sont très toxiques et même mortelles.

Le livre

Herbes de Provence par Gardinier Anthony Freeman –  édité par Ouest-France en 2005

 

La recette

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Brochettes de crevettes provençales

4 personnes

Ingrédients

  • 24 grosses crevettes crues décortiquées
  • 6 tomates italiennes
  • 4 gousses d’ail
  • 125 ml (1/2 tasse) d’huile d’olive
  • 45 ml (3 c. à soupe) de chapelure de pain
  • Un bouquet de thym frais
  • 4 branches de romarin frais
  • 12 feuilles de basilic frais
  • 4 feuilles de laurier
  • le jus d’un citron
  • Sel et poivre du moulin au goût

 

Préparation
Enfiler les crevettes sur des brochettes en métal ou en bambou (6 par personne).

Dans un plat à marinade, déposer les brochettes et les parsemer de thym et de romarin. Éplucher et hacher finement 2 gousses d’ail et les ajouter dans le plat à marinade avec les 4 feuilles de laurier. Arroser d’huile d’olive et de jus de citron et bien mélanger pour répartir les herbes dans la marinade et réserver 1 heure au réfrigérateur.

Dans un bol, mélanger ensemble :  les 2 dernières gousses d’ail et le basilic hachés finement et la chapelure, saler et poivrer.

Couper les tomates en deux dans le sens de la longueur, couvrir la surface coupée de chaque tomate avec la chapelure et les déposer sur le gril ou sur la grille du barbecue, laisser cuire à couvert environ dix minutes.

Égoutter les brochettes pour enlever l’excédent de marinade et les faire cuire à feu vif environ 3 minutes de chaque côté.

Servir sur un lit de salade romaine avec des rondelles de citron.

Avec cette recette ensoleillée, un vin rosé de Provence bien frais s’impose.

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Les violons du bois

La première fois que l’on m’a proposé de manger des pousses de fougères, j’ai cru que c’était une plaisanterie. Il faut dire que je venais juste de quitter la France et que dans mon pays d’origine les fougères ne font pas partie de l’alimentation, elles ont plutôt la réputation d’être toxiques ; c’est aussi sous les fougères que la vipère, un serpent venimeux, aime à faire sa sieste, ce qui ne rassure pas le cueilleur potentiel. Mais bon, faisant fi de mes appréhensions et curieux de nature, j’ai tenté l’aventure. J’ai goûté et immédiatement apprécié cette délicieuse sommité croquante au délicat goût d’asperge sauvage : la tête de violon, l’un des premiers légumes verts du printemps.

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Têtes ou crosses de fougères

Ce sont les appellations, les plus courantes au Québec, des pousses de Matteuccia Struthiotteris le nom scientifique de la fougère à l’autruche, en raison de ses feuilles qui rappellent les plumes de ce grand oiseau.

La saison des violons

crosses-fougeresDès le début du printemps « québécois » vers la fin du mois d’avril, après la fonte des neiges, ou jusqu’à la fin du mois de mai et même fin juin pour les régions les plus froides, des milliards de petites têtes brunes sortent de terre comme autant de petits périscopes qui semblent surveiller les lisières inondées des forêts et les bords des cours d’eau, habitats préférés de cette fougère.

Si les crosses de fougères, malgré leur nom, ne font pas elles-mêmes de concert, à cette période, d’autres s’en chargent : les insectes bourdonnent et les oiseaux sifflent à en perdre haleine. Une symphonie frénétique dédiée à la renaissance et à la vie, parfaitement dirigée par le soleil et le vent printanier.

La poésie c’est bien joli, mais ça donne faim, alors voyons comment s’y prendre pour faire une bonne récolte.

Où et comment

Tous les lieux humides ou inondés – en particulier là où se trouvent en grand nombre des peupliers et des érables argentés –  regorgent de ces fougères. C’est sur leurs pieds charnus et rigides, en forme de couronne dont certains dépassent allègrement les vingt années d’existence, qu’apparaissent les pousses de fougères.

Toutes petites – moins de quinze centimètres (6 po) – bien enroulées sur elles-mêmes et couvertes d’écailles brunes, c’est à ce stade qu’il faut les récolter, car ensuite, elles ne seront plus comestibles.

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Ne pas confondre

Au Québec existent deux autres espèces de fougères proches de la fougère à l’autruche, bien qu’on les trouve en général dans le même habitat, il est facile de les différencier. L’osmonde cannelle :  couverte de poils laineux couleur cannelle ou blanchâtre dont le pied est également en couronne, et, l’ononclée sensible, plus petite, aux pousses plutôt rougeâtres et disposées en ligne plutôt qu’en couronne. Quoiqu’elles aussi soient réputées comestibles, je ne les ramasse pas.

Une bonne récolte

Après une bonne récolte de têtes de violons, il est naturel de vouloir en conserver une partie pour s’en régaler tout l’été. Fraîches, elles ne se garderont que deux à trois jours au réfrigérateur : enveloppées dans du papier absorbant et enfermées dans un sac en plastique.

Congelées, vous pourrez en profiter environ six mois , il suffit pour cela de les blanchir cinq minutes dans l’eau bouillante, de les refroidir dans l’eau glacée, de les égoutter et les sécher avec un papier absorbant, puis de les congeler ensuite dans des sacs hermétiquement fermés.

Protégeons notre patrimoine

Devant l’engouement toujours plus fort des Québécois pour ce délicieux légume sauvage – 100 tonnes par an est le chiffre estimé des récoltes annuelles au Québec- si amateurs et professionnels de la cueillette ne se disciplinent pas, le législateur devra prendre des mesures drastiques pour protéger la fragile Matteuccia Struthiotteris ; sinon, dans peu de temps, elle risque de disparaître de notre flore sauvage.

La consigne est simple pour s’assurer de futures récoltes : ne pas prélever plus de 40 % des têtes de violons d’une même couronne de fougère.

Juste les manger !

Vous n’aimez pas trop patauger dans la terre humide des forêts ou alors le golf occupe tous vos loisirs ? Pas de panique, vous n’aurez pas à vous priver de ce plaisir gastronomique printanier, car pendant toute la durée de la saison des têtes de violons, vous pourrez vous en procurer facilement sur le marché.

Santé

Les têtes de violons crues ou insuffisamment cuites sont toxiques, passé cet inconvénient, en plus d’être délicieuses, elles contiennent énormément de fer, de potassium et de vitamine C.

Autrefois, elles étaient parfois utilisées comme tonifiant et vermifuge pour les enfants. Si vous n’en avez jamais consommé, la première fois, il est prudent de commencer par une quantité raisonnable, car elles peuvent avoir un léger effet laxatif chez certaines personnes.

Nous les premiers cueilleurs

Les Amérindiens – qui autrefois se nourrissaient uniquement des produits de la chasse, de la pêche ou des cueillettes sauvages –  connaissent et consomment depuis toujours les têtes de violons, elles représentent pour eux un des premiers légumes verts disponibles au printemps. Cette habitude alimentaire fut vite adoptée et propagée par les colons.

Comment les préparer

Il faut d’abord les débarrasser de leurs écailles brunes ; le plus simple étant de les enfermer dans un sac en papier et de le secouer vigoureusement pour les détacher , il suffit ensuite de les rincer à grande eau.

Pour éviter tout risque d’indigestion, une cuisson totale d’au moins dix minutes est recommandée. Comme les têtes de violons sont légèrement amères, il est préférable de changer l’eau deux ou trois fois en cours de cuisson. Elles vous remercieront en transformant leur amertume en un délicat goût d’asperge.

 

La recette de cette semaine nous prépare délicieusement à l’été, par sa fraîcheur et sa simplicité.

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Salade de têtes de violons anisée

4 personnes

Ingrédients

  • 450g (1 lb ) de têtes de violons
  • 1 bulbe de fenouil
  • 2 endives
  • 15 ml (1 c. à soupe) d’estragon frais ciselé
  • Vinaigrette
  • Le jus d’une lime
  • 15 ml (1 c. à soupe) de moutarde forte
  • 85 ml (1/3 tasse) d’huile d’olive
  • Sel et poivre du moulin au goût

Préparation
Cuire les têtes de violons 10 minutes dans l’eau bouillante, en changeant l’eau de cuisson 2 fois. Les plonger aussitôt dans l’eau glacée et les égoutter.

Préparer la vinaigrette

  • Dans un saladier mélanger, le jus de lime, la moutarde, le sel et le poivre, ajouter l’huile progressivement en fouettant pour émulsionner légèrement la vinaigrette.
  • Enlever les feuilles abîmées des endives et les trancher en retirant le plus possible du cœur amer.
  • Ôter les tiges vertes et les parties tachées du bulbe de fenouil et le découper en fines tranches.
  • Déposer tous les légumes dans le saladier, ajouter l’estragon et bien mélanger.
  • Servir la salade bien fraîche accompagnée d’un assortiment de viandes froides.

Trucs chef DidierPetit truc du Chef Didier

Comme pour les haricots verts et les asperges, plonger immédiatement après la cuisson les têtes de violons dans l’eau glacée est le secret pour garder leur belle couleur verte.

Le livre

Plantes sauvages comestibles, Publié aux Éditions Fleurbec en 1990.
Bel ouvrage collectif qui donne toutes les informations pour reconnaître 16 plantes toxiques et pour trouver 28 espèces comestibles choisies spécialement pour leur attrait culinaire.

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Le mangeur de tulipe

tulipe2Si vous avez eu la bonne idée de planter des bulbes dans votre jardin à l’automne, vos plates-bandes doivent être resplendissantes en ce début de printemps. Si nos yeux clignotent devant tant de splendeurs et que nos narines palpitent de plaisirs olfactifs, pourquoi ne pas en profiter pour, en plus, exciter nos papilles en croquant quelques pétales de tulipe ou quelques fleurs de jacinthe ?

Qu’elles soient hâtives ou tardives, botaniques ou perroquet, à fleurs simples ou multiples, il y a environ 5000 cultivars de tulipes et d’innombrables coloris qui font de la tulipe la reine du printemps.

Les jacinthes sont moins diversifiées, mais elles sont si merveilleusement parfumées qu’elles n’ont pas besoin d’êtres nombreuses pour nous éblouir.

jacinthe

Conserver les bulbes printaniers.

À l’automne, vous avez respecté toutes les directives de plantation, vos tulipes et vos jacinthes sont magnifiques, mais comment faire pour qu’elles soient aussi belles l’année prochaine ? Il va falloir faire des efforts !

En dehors des variétés de tulipes qui se naturalisent, pour retrouver chaque année la même splendeur de nos variétés préférées, il va falloir appliquer quelques règles élémentaires, la première étant de couper au plus tôt la fleur fanée.

Après la floraison, le bulbe doit se refaire une santé en pompant l’énergie de ses feuilles, c’est pourquoi il faut les laisser jaunir avant de les couper, ensuite, retirer les oignons des tulipes, les laisser sécher à l’air libre et les conserver au sec jusqu’à l’automne au moment de les replanter. Il est plus prudent de les stocker dans la maison plutôt que dans le cabanon ou nos amis les écureuils risquent de faire bombance !

Pour m’épargner tous ces tracas, j’avoue que je laisse mes tulipes en place jusqu’à ce qu’elles dégénèrent puis j’en replante d’autres. De plus en plus, je privilégie les variétés qui se naturalisent même si elles sont souvent moins spectaculaires.

Si les feuilles jaunissantes des tulipes de votre plate bande vous dépriment, il suffit de les déterrer  et de les replanter en jauge, dans un coin discret du jardin jusqu’au moment de les récolter.

Pour les jacinthes c’est le même principe.

Les crocus, les narcisses et les muscaris, par contre, restent en terre où ils se multiplient chaque année.

Petit truc : à l’automne planter les tulipes et les jacinthes dans des pots de plastique ajouré, elles seront plus faciles à déterrer et mettre en jauge au fond du jardin.

 

Il y a fleur et fleur.

Même si les pétales de tulipe et les fleurs de jacinthe sont comestibles, ne vous précipitez pas chez votre fleuriste préféré pour faire votre épicerie, les siennes ne le sont pas, car elles sont traitées avec des produits chimiques qui, eux, sont néfastes pour la santé.

Pour se ravitailler, il existe des maisons spécialisées dans la culture des fleurs comestibles dont on trouve les produits sur les marchés ou dans le rayon des fruits et légumes des magasins d’alimentation.  L’autre solution est de les cultiver soi-même, évidemment, sans utiliser de produits toxiques ; il ne faut pas non plus les cultiver près de la rue, car elles peuvent être polluées par les gaz d’échappement des voitures.

 

Jonquille et crocus

Attention, toutes les fleurs à bulbes ne sont pas forcément comestibles, le narcisse jonquilla par exemple ; sa fleur parfumée est réputée comestible, mais comme on peut la confondre avec les autres narcisses qui, eux, sont tous toxiques, dans le doute, mieux vaut laisser cette charmante fleur dans la plate-bande. Par contre, pour ce qui est du crocus, autre bulbe printanier très populaire, pas de risque de se tromper : toutes les variétés sont toxiques.

crocus

Crocus d’automne

Tous les crocus sont toxiques, sauf les pistils séchés d’un crocus d’automne, le crocus sativus, plus connu sous le nom de safran. Merveilleuse et très chère épice sans qui la soupe de poisson et la paëlla ne seraient pas ce qu’elles sont. Mais attention même le safran peut être toxique, car il contient un poison capable de détruire les reins, et même être fatal à fortes doses (plus de 10 g).

 

Consommer avec modération

Comme pour les champignons et les plantes sauvages, lorsqu’on les consomme pour la première fois, il faut toujours le faire de façon raisonnable, notre organisme à besoin de découvrir et d’appréhender cette nourriture nouvelle.

Ne commencez pas à grignoter toutes les tulipes de votre jardin, juste une ou deux pour commencer.

 

Allergies au pollen.

Si vous êtes allergique au pollen un seul conseil : abstenez-vous de consommer  des fleurs comestibles.

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Les parties comestibles.

Toutes les variétés de tulipes sont réputées comestibles ; autrefois, certains en consommaient même les bulbes qui ne sont pourtant pas très digestes, surtout pour les personnes de santé fragile.
Pour éviter d’ingurgiter le pollen des tulipes, il faut en retirer le pistil et l’étamine et bien les rincer à l’eau fraîche. Il est préférable également d’ôter la partie verte à la base du pétale qui est amère.
Des jacinthes, on ne consomme que les petites clochettes, qu’il est plus prudent de faire tremper une heure ou deux dans une eau légèrement vinaigrée pour en chasser les éventuels insectes qui seraient cachés à l’intérieur.

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Plus de patates !

Ce sont les bulbes de tulipe qui ont permis aux Hollandais de compenser le manque cruel de pommes de terre lors la guerre de 1939-45. À l’époque, on était affamé, mais plus résistant !

 

Comment les cuisiner

On peut simplement les intégrer dans une salade ou dans un plat de légumes qu’elles rehaussent de leurs couleurs printanières.

Avec les clochettes des jacinthes, on peut faire des confits comme avec les oignons, qui accompagnent si bien les pâtés ou les terrines ; macérées à froid dans le lait qui servira à faire une crème anglaise, bien malin qui découvrira l’origine de ce parfum délicat.

On peut préparer de surprenant amuse-gueule avec les pétales de tulipe et en faire des confitures avec certaines variétés parfumées comme l’Ad Rem, la Christmas Marvel ou encore la Golden Mélody.

 

Mon livre de chevet sur les bulbes

Des bulbes en toutes saisons de Pierre Gingras – Éditions de L’Homme – mars 2000.

 

Du 12 au 23 mai 2016 aura lieu le festival de la tulipe à Ottawa comme tous les ans. À ne pas manquer

 

Les tulipes et les jacinthes, par leurs couleurs éclatantes et leurs parfums presque exotiques, m’ont invité au voyage et le Japon et ses luxuriants jardins m’a semblé la destination gourmande idéale pour ces deux reines du printemps.

 

Jardin japonais

Entrée pour 4 personnes

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Ingrédients

  • 8 fleurs de tulipes de différentes couleurs
  • 1 fleur de jacinthe
  • 150 g (1/2 tasse) de mini pétoncles
  • 8 noix de pétoncles
  • 24 moules fraîches
  • 1 lime
  • 45 ml (3 c. à soupe) de Soho (liqueur de lychees)
  • 8 lychees frais ou en conserve
  • Huile de canola ou d’arachides
  • Fleur de sel et poivre du moulin au goût

 

Préparation
Détacher les clochettes de la jacinthe, les rincer soigneusement et les faire tremper une heure environ dans de l’eau froide additionnée de 3 ou 4  cuillerées de  vinaigre blanc, les rincer à nouveau et les égoutter.

Couper les tiges de 4 tulipes, enlever les pistils et les étamines, bien rincer les fleurs et les réserver sur une feuille de papier absorbant.

Ôter délicatement les pétales des 4 autres tulipes, couper la partie verte qui se trouve dans le bas des pétales, les rincer à l’eau froide et les réserver sur une feuille de papier absorbant.

Faire ouvrir les moules à feu vif et à couvert dans une petite casserole et les décoquiller. Filtrer et réserver le jus.
Rincer et éponger les noix de pétoncles et les mini pétoncles.

Dans une poêle faire chauffer deux cuillerées à soupe d’huile et y faire revenir rapidement les noix pétoncles environ deux minutes de chaque côté, une fois bien dorés, ajouter les lychees et les faire légèrement caraméliser. Poivrer, saler à la fleur de sel et réserver le tout au chaud dans un petit plat.

Dans la même poêle, ajouter 2 cuillerées d’huile faire dorer les mini pétoncles, ajouter les moules et les fleurs de jacinthe et faire revenir le tout 1 minute, flamber avec le Soho, ajouter le jus des moules, et rectifier l’assaisonnement.

Préparer les assiettes : agencer une fleur entière et des pétales de tulipe sur chaque assiette.

Répartir le mélange de moules, déposer les noix de pétoncles et les lychees, parsemer de fleur fraîche de jacinthe, ajouter une rondelle de lime et servir aussitôt..

 

Avec cette entrée, un verre de saké bien frais sera très agréable.

 

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Les petits trucs en plus

Utiliser des tulipes et des jacinthes de différentes couleurs, pourquoi pas, assorties au décor de la table ou aux motifs de la vaisselle.

Les pétales de tulipes, les noix de pétoncles et les lychees peuvent facilement se transformer en amuse-gueule pour l’apéritif, il suffit d’y planter un pique en bois.